Regards d’ailleurs

Une route de rencontres

Inde, au nord du Gange…

Enregistré dans : Actualité, Inde — Jen at 1:22 pm on Mardi, mars 13, 2007

Allahabad

La ville où se réunissent le Gange, la Yamuna et une troisième rivière (imaginaire et souterraine) sacrée, au niveau du Sangham. Chaque année, le Kumb Mela est organisé. C’est un festival religieux qui rassemble plus d’un million de personnes. Au programme, prières et bains sacrés. On est arrivés quelques jours après la fin du festival, mais il restait les plus déterminés ! Les berges sont immenses. On y a passé un petit moment, le temps de saisir quelques détails, les linges qui sèchent au vent, les rituels d’ablution dans les rivières sacrées, les vendeurs de bidons vides (pour pouvoir ramener de l’eau sacrée chez soi), de fleurs, de noix de coco (des offrandes classiques), de poudre à tilak (le troisième oeil que portent les femmes mariées)… Inutile de dire que ce n’est absolument pas suffisant pour comprendre quoi que ce soit à l’hindouisme !…

Au coucher du soleil, ou au lever de la brume du matin, l’atmosphère qui y règne est toujours aussi saisissante, même s’il est difficile de la caractériser. Les rituels religieux se mèlent à la vie du camping géant où chaque carrefour abrite un vendeur de quelque chose.

On continue notre route vers Varanasi qui ne se trouve plus qu’à 100km.

La vie du village

Depuis notre arrivée en Inde, on se demandait si on aurait l’occasion d’aller dans un village, sans jouer aux touristes curieux. Nous rencontrons Prem dans un dhaba dans lequel on trouve refuge en attendant que la pluie cesse, entre Allahabad et Varanasi. Prem est saddha. Dans 2 ou 3 ans, il se dévouera entièrement à Krishna, et deviendra saddhu. En attendant, il est professeur d’hindi bénévole à 18 km de là. Comme nous, la pluie l’a fait stopper au dhaba. Ses quelques mots d’anglais nous permettent de pénétrer son univers si particulier. Il nous parle de Krishna, du yoga de l’amour qu’il pratique tous les jours… Il n’en reste pas moins un homme “normal” avec qui on passe la fin de la soirée à jouer aux cartes.
Il nous invite à passer la journée suivante chez lui, dans son village. On accepte avec plaisir bien sûr. Encore une fois, on est accueillis comme des rois. On enlève les bouses de vache de l’abri (fait de bambous, de paille et d’une bâche imperméable) pour nous installer deux fauteuils en plastique à côté du charpay où Prem est assis en tailleur. Les jeunes (et les moins jeunes) viennent nous observer. C’est dimanche, tout le monde est là…
On nous offre de la canne à sucre et des petits pois fraîchement déracinés des champs voisins, un caramel (liquide et noir) de sucre de canne, du thé… on ne manque de rien !
La pluie redoublant de force, on passe dans la maison de Prem pour mettre les vaches à l’abri. Une éclaircie nous permet de visiter le village, accompagnés par une trentaine de jeunes ! Tout le monde se connaît ici, il règne une belle atmosphère de complicité. On joue un peu de musique, et jouons avec les ados qui sont encore sous l’abri. On nous sert un kisleri (un risotto végétarien) que l’on déguste avec la main droite, comme c’en est l’habitude ici.
Ce soir, on dort avec Prem, les deux araignées plates et le lézard de la poutre du plafond, les rats qui chahutent dans le tas de bois, et les moustiques qui nous tournent autour des oreilles…

Varanasi (du 12 au 17 fevrier)

Quel plaisir de se poser, surtout à Varanasi ! Construite sur les rives du Gange, la ville est éminemment sacrée pour les hindous, et c’est toute l’ambiance de la ville qui s’en ressent : des temples à foison, et surtout les ghats, ces berges aménagées où ont été construits des escaliers pour faciliter l’accès à la Mère Gange. On vient y flâner une bonne partie de notre séjour, il s’y passe toujours quelque chose !

Dès le lever du soleil, les plus déterminés (et ils sont nombreux) viennent y faire leurs ablutions (s’immerger trois fois intégralement, et boire de l’eau dans sa main), leur lessive (admirez la technique des femmes pour laver si rapidement le sari de 5,5m de long !), des offrandes (des fleurs, du riz, des noix de coco, des images de Dieux dans des sous-verre…). Dans la journée, tout le monde investit les ghats : les vendeurs sous leur parasol naturel, les saddhus sous des tentes de fortune, les bateliers proposant une virée en barque sur le Gange, les touristes, appareils photos autour du cou…On assiste un soir à la cérémonie des lumières, une prière en musique pendant laquelle cinq prêtres effectuent leurs rituels, tournés vers le Gange.
La ville s’agite encore davantage pour célébrer l’anniversaire de Shiva (Shivaratri). L’ambiance est à la fête : rassemblements religieux sur les ghats, parade impressionnante de débrouillardise dans la rue principale…

Une ville, c’est aussi pour nous l’occasion de rencontrer d’autres voyageurs, de varier notre nourriture du traditionnel tali (on aime les lassis, des yaourts dilués, parfois aromatisés à la mangue, la banane ou la papaye, et les chopsueys, des nouilles grillées servies avec une sauce sucrée salée), de faire un nouveau stock de lecture dans les librairies anglaises, et de s’étaler dans notre chambre d’auberge de jeunesse !

En route vers le Népal (18 au 24 février)

Cap au nord ! Le paysage change enfin, et c’est avec plaisir que l’on voit apparaître bosquets de bambous, bananiers et palmiers, ajoutant une touche de vert à ce jaune sec infini.

Est-ce parce qu’on a conscience que la fin de l’Inde est proche qu’on en profite mieux ? Peut-être aussi parce qu’elle nous est devenue plus familière (on est par exemple habitués à se faire observer, et en profitons pour lancer des jeux plutôt que de rêver à la pause tranquille qu’on imaginait…). On a l’impression de maîtriser un peu plus le pays (finies les arnaques, 3 roupies le tchai, pas plus !).

Notre dernière semaine en Inde est un bon résumé des différents campements possibles : les charpays des dhabas, une station essence, un temple bouddhiste, un lycée et même un champ désert (!) pour planter la tente. Salim nous accueille un soir dans sa maison de terre, après avoir passé de bons moments à jouer avec ses enfants l’après-midi.

On quitte l’Inde au matin du 25 février, des sourires pleins les yeux…

Inde : Agra-Allahabad

Enregistré dans : Actualité, Inde — seb at 11:07 am on Jeudi, février 8, 2007

Nous commençons par mettre nos vélos sur le toit d’un bus qui nous emmène jusqu’à Agra, ville célèbre pour le Taj Mahal. Nous ne manquons pas de le visiter  et sommes à l’ouverture des portes à 6h pour le voir lentement apparaître avec le jour.

Nous nous lançons alors sur les routes de l’Inde qui nous donnent énormement à observer. D’abord ceux qui nous accompagnent : le flux continu de cyclistes qui transportent du lait, du bois, ou encore leurs femmes et leurs enfants, les dromadaires et les buffles tirant des charrettes, les taxis , les bus et les camions qui transportent des passagers jusque sur leurs toits !
Au bord de la route, c’est une multitude de petits marchands, réparateurs de vélos, potiers, couturiers et barbiers qui se succèdent.
Derrière eux, des maisons en briques, en terre ou en paille parmi les rizières. Parfois, le décor devient désertique et il ne reste plus que du sable et quelques arbres mais tout est toujours aussi plat. C’est la vallée du Gange.
Sur cette toile de fond surgissent parfois des détails plus rares comme une vache à la bosse et aux genoux colorés en violet, des porcs dans les rues des villages, des chimpanzés qui se balancent de branches en branches au dessus de nos têtes, la lessive du dimanche où l’on vient frapper son linge sur les rochers dans la rivière avant d’étendre tous ces tissus de couleur sur le sol, au soleil.
Autre détail, ici on roule à gauche et on emprunte ce qu’ils appellent des autoroutes qui réservent déjà assez de passages dans la boue et les graviers. On y trouve aussi des charrettes, des habitants transportant du foin sur leur tête et toujours autant de cyclistes. Les pauses se font obligatoirement à l’ombre parce que même si c’est l’hiver, il fait entre 25 et 30 degrés.

Notre contact avec la population est parfois difficile parce que nous avons du mal à comprendre tous leurs comportements. On s’habitue à certains aspects mais d’autres nous gênent encore. Ca dépend aussi de notre humeur.
Le premier point est que les indiens n’hésitent pas à former des attroupements de 20 à 70 personnes pour observer les bêtes étranges que nous sommes, que ce soit lorsque nous voulons acheter des bananes ou que nous voulions nous arrêter pour une pause tranquilles. Se sentir constament observés peut devenir pesant et même énervant pour nous qui avons l’habitude d’avoir notre espace de “vie privée” ce qui n’existe pas vraiment ici.
La deuxieme cause d’énervement principale (on aime bien l’Inde quand même, attendez la suite) c’est la nécessite de marchander si on ne veut pas payer 4 fois plus cher que la normale et de demander le prix d’un thé à l’avance pour ne pas risquer de le payer aussi cher qu’un repas complet.
Pour finir avec les détails énervants, citons dans le désordre qu’il est de rigueur pour un véhicule de klaxonner intempestivement dès qu’il effectue un depassement, que chacun nous fait répéter au moins deux fois notre destination et notre provenance (à la fin de la journée, ça fait beaucoup), que l’on nous interpelle pour nous prendre en photo et l’échange ne va pas plus loin (rare) et que l’on a parfois l’impression que certain nous invitent dans le seul but de nous montrer à leurs amis…

C’est tout pour le négatif. Tout le reste, c’est du bonheur parce que tous ces indiens nous apportent (presque toujours) un sourire, un signe de la main. Ils sont ravis de nous recevoir et nous le montrent bien, parfois de façon surprenante : certains nous demandent de nous lier d’amitié avec eux. Ils nous serrent alors la main avant de poser la leur sur leur coeur. En signe de bienvenue, on nous a aussi remis plusieurs fois des colliers de fleurs. Nous sommes aussi très régulièrement invités à nous arrêter un instant au bord de la route pour boire un thé et manger quelques biscuits.

Nous prenons toujours nos repas dans des dhabas qui sont de petits restos sur le bord de la route. Le menu est toujours le même : du dal (lentilles brouillées avec des herbes et des épices) que l’on attrape à la main avec des chapatis (sorte de crêpes) qui sortent tout juste du feu.

Le soir apporte aussi sa dose de nouveauté. Nous dormons sur le toit d’un lycée, dans un temple hindou, dans une chambre d’hôtel où la police nous envoie comme ses invités, chez un habitant parlant anglais, dans un lit en corde d’un de ces dhabas ou encore dans une chambre à l’intérieur d’un commissariat de police. Le coup de coeur revient à notre première nuit dans une dharamsella qui signifie refuge en hindi. Elles offrent un toit à un prix symbolique à tous ceux qui le demandent et sont donc de formidables portes ouvertes aux voyageurs. On y decouvre une ambiance chaleureuse. On nous y sert des pommes de terres (épicees !) dans des assiettes en feuilles, les inévitables chapatis et du thé servi dans des pots en terre. Nous sommes invités à rejoindre un groupe de femmes qui chantent en jouant du dolac (sorte de tambour). C’est le lieu d’hospitalité, de rencontre et de partage dont on a rêvé…

La presse indienne

Enregistré dans : On parle de nous, Inde — Jen at 11:04 am on Jeudi, février 8, 2007

article de presseVoila le 4e article parlant de nous dans les journaux indiens ! Si on avait été étonnés de l’article du Dauphine Libéré, c’est qu’on ne connaissait pas l’Inde ! Imaginez pour notre première “interview” que le journaliste ne nous a posé aucune question ! L’article a été rédigé à partir des informations qu’on avait donné pour remplir un registre dans le daremshalla où on dormait, à Etawah. On a bien essayé de savoir ce qu’ils avaient rédigé, mais leur réponses étaient plutôt évasives… “rien qui ne soit faux”…
On a quand même réussi à faire traduire les articles. Ils ne sont pas extraordinairement riches en contenu (on est français, on voyage à vélo,…), mais ça aide sûrement la rédaction à combler les colonnes du journal local… Et puis ça nous fait sourire !

Bonne année !

Enregistré dans : Actualité, Inde — Jen at 3:11 pm on Mercredi, janvier 24, 2007

Jennifer et Sébastien

On a jusqu’à la fin du mois de janvier, parait-il… Il n’est donc pas trop tard pour s’habiller du mieux que l’on peut, et vous souhaiter une excellente année 2007, remplie de bonheur.
On vous embrasse bien fort !

New Delhi

Enregistré dans : Actualité, Inde — Jen at 3:10 pm on Mercredi, janvier 24, 2007

Le voyage

De porte à porte, la liaison Istanbul - New Delhi nous prend plus d’une journée. Peut-être pour réaliser que notre plus grande richesse pendant ce voyage, c’est d’avoir le temps
24h pour changer de continent, de culture, de climat… On a beau se dire que 24h, c’est long, pour tous ces changements, croyez-nous, c’est court ! Et l’arrivée en Inde est quand même un choc. Parce que dès la sortie de l’aéroport (aseptisé), ce sont tous les sens qui sont chamboulés : regarder le spectacle des taxis qui entassent des montagnes de bagages sur leur toit, écouter le brouhaha de klaxons, sentir cette atmosphère incomparable à ce que l’on connaît… La sortie de l’aéroport est un vrai plongeon.

New Delhi, un gros village

Il y a bien des choses à visiter ici, mais la vie de la rue est un tel spectacle qu’on s’en contenterait bien… Les voitures, les bus, les rickshaws, les vélos, les motos, et même parfois les éléphants se côtoient sur la route poussiéreuse. Sur le côté, des vendeurs ambulants de bonbons, de fruits et légumes, d’échelles,… déplacent leurs marchandises sur des carrioles de bois. Les magasins fixes aussi participent à l’ambiance : le marchand de vélos répare des montures sur le “trottoir”, la devanture de l’échoppe de perles est couverte d’un tapis coloré et brillant, les odeurs des petits bouibouis viennent chatouiller les narines à l’heure de midi… En début d’après-midi, les enfants sortent de l’école et envahissent les rues, ajoutant au défilé de sarees, kemeez et turbans colorés, des uniformes d’écoliers.
Et toujours en bruit de fond, des klaxons et des oiseaux…

New Delhi, la capitale

Grand village certes, ça n’en reste pas moins la capitale de l’Inde !
Encore une fois, on est bien contents d’être hébergés par les locaux qui nous guident dans l’immensité de la ville. Ravi commence par nous balader dans les différents quartiers : le centre ville, construit par les anglais est bien distinct New Delhidu reste, beaucoup moins organisé. Mais il est aussi bien moins vivant ! On visite ensuite Qutb Minar, Lodi garden, Nizam-Ud-Din (un quartier musulman), Old Delhi (où même les voitures n’osent pas s’aventurer)… Trois étoiles au temple du Lotus, où toutes les religions sont invitées à méditer ensemble et en silence.
Pooja, la belle-fille de notre hôte, nous emmène dans les coins moins touristiques, mais plus marchands. On dégote un rétro de rickshaw pour remplacer celui que les douaniers stambouliotes ont cassé à l’aéroport… Elle m’initie aussi à la cuisine indienne : les chappatis (sorte de crêpes servant de base à beaucoup de repas), le dahi chicken (poulet au yaourt), le dalh (à base de lentilles). Je repars plein de recettes en tête !

États d’esprit

Les premiers jours ont été un peu durs, l’impression étrange et plutôt désagréable que le pays entier vous tombe dessus. Avec nos habitudes et réflexes européens, on se sent un peu perdus, sans savoir comment réagir ni se comporter. Seb doit en plus faire face au Delhi Belly, le mal de la nourriture épicée (c’est bon il est guéri maintenant !).
Depuis, pas d’autre choc. Pourtant, les peurs et les “malaises” ont disparus. Vivre une semaine dans le même endroit permet de comprendre ce qui fait la base de la culture et du pays : on ne s’étonne plus des rickshaws, de la nourriture, ou du marchand de jus de citrons, on en profite. C’est maintenant l’envie de reprendre les vélos et de “voir du pays” qui nous guide.
Le pays nous a absorbé, et on est fin prêts à découvrir ses richesses…