Regards d’ailleurs

Une route de rencontres

Pause à Bhaktapur

Enregistré dans : Actualité, Népal — seb at 12:10 pm on Lundi, avril 23, 2007

Notre mois de mars a été bien rempli, même si les vélos sont restés tranquilles dans le couloir de notre guest house ! Nous avons été volontaires à TOIT, l’association dont nous vous avons déja parlé au tout début du voyage. Laissez vous guider, vous êtes avec nous au Népal…

La ville

Bhaktapur, c’est d’abord une ville dans laquelle les voitures ne sont pas autorisées à circuler. Le rêve ! La plupart des rues seraient d’ailleurs trop étroites et on s’y promène donc comme dans un village. Après un mois et demi ici, on trouve encore des rues nouvelles à emprunter.

On dit que c’est la capitale culturelle du Népal et on le comprend : à chaque coin de rue, on découvre un nouveau temple, plus ou moins grand. Les maisons respectent le style traditionnel newar, en briques rouges. Les portes et les poutres de toit sont régulièrement finement sculptées, représentant des dieux ou des déesses.

Dans ce cadre traditionnel s’exprime aussi une « culture moderne » que l’on voudrait ignorer. Les téléphones portables sont évidemment arrivés jusqu’ici, avec les jeans et les vêtements à la mode, la musique branchée dans quelques lieux branchés, la télé et « Qui veut gagner des millions »…

En sortant des ruelles étroites, lorsque la vue se dégage, c’est l’Himalaya que l’on a devant les yeux, avec des sommets à 7000m. Malheureusement, la brume de chaleur et de poussière nous a de plus en plus privés de ce plaisir (jusqu’à le supprimer complètement) à mesure que nous avancions dans la saison chaude.

Ce village pourrait être un musée, mais celui-ci serait animé d’une vie palpitante : celle des marchands de fruits et légumes (qui ont leurs étalages à même le sol ou sur le porte bagages de leur vélo, astucieusement aménagé), celle des enfants qui jouent à chaque coin de rue, dans chaque cour intérieure (entre deux temples), celle des femmes lavant leur linge ou venant chercher de l’eau à la pompe, celle des potiers qui font sécher leur production au soleil sur des places qu’ils investissent.

Tous ces gens sont on ne peut plus accueillants. Il suffit de s’asseoir quelques minutes dans une rue pour qu’un népalais vienne engager la conversation. Il se peut aussi que quelqu’un vous apporte un tapis ou vous « bénisse » parce que vous êtes assis devant chez lui. On vous regarde parfois avec un grand sourire, semblant vouloir vous souhaiter la bienvenue. Tout est possible, même jouer de la guitare le soir avec un groupe de jeunes sur la place du temple principal devenue déserte.

A Bhaktapur et au Népal en général, on peut observer une pratique omniprésente de la religion. Le bouddhisme et l’hindouisme se mêlent et on est très loin de comprendre tout ce que l’on voit. La plupart des népalais ne passent pas devant un temple sans adresser une prière accompagnée d’un ou plusieurs allers et retours de la main entre la poitrine et la tête. Les jours astrologiquement propices aux mariages voient de nombreux cortèges défiler dans les rues avec une fanfare. Si l’on a de la chance, on peut même voir une déesse vivante danser dans les rues dans l’euphorie générale, mais c’est rare. Au coucher du soleil et pendant une heure ou deux, des hommes se rassemblent devant les temples pour chanter des poojas (prières) en jouant du tambour et des cymbales.

Bisket Jatra, le nouvel an népalais

Entre le 10 et le 18 Avril, les népalais ont célébré le passage à une nouvelle année et les rues sont devenues encore plus vivantes et fréquentées. Tous les habitants semblaient alors se trouver dehors pour jouer de la musique, sacrifier leur chèvre ou leur poule, sortir les dieux des temples, parcourir la ville avec eux en jouant de la musique et faire encore de nombreuses offrandes et prières. Les habitants se rassemblent aussi autour de deux activités principales, assez impressionnantes. Les observateurs se plaçant jusque sur les toits des maisons pour suivre le spectacle.

La première consiste à tirer un gros temple en bois à quatre roues à l’aide de cordes dans différentes parties de la ville. Pour compliquer la chose, on a parfois deux équipes. Chacune d’elles doit emmener le chariot dans une direction opposée à celle de l’autre équipe. Le plus impressionnant est sans doute de voir le chariot dévaler une rue en pente à toute vitesse, suivi et précédé par la foule qui court en criant après être resté un long moment immobile.

La deuxième activité consiste à faire passer un tronc d’arbre de 25 mètres de haut à la verticale à l’aide de cordes (voir les photos pour comprendre comment). Une fois érigé, il faut le faire tomber et la nouvelle année commence à ce moment là. Cette fois, tout le monde tire dans la même direction en essayant de suivre une cadence commune (sans y arriver très souvent !) La plupart du temps, les essais sont infructueux et le tronc ne bouge pas d’un poil.

Les tentatives au cours desquelles le tronc se met à bouger en sont beaucoup plus intenses, la foule entière semble participer en sifflant et en acclamant. Parfois, des cordes se cassent et le mat se met à balancer au dessus de la foule qui crie de frayeur cette fois.

Comme si leurs dieux y étaient effectivement pour quelque chose l’arbre se dresse tout à coup après plus de 24 heures d’efforts. Certains qui ne connaissent décidemment pas la peur tentent alors de grimper jusqu’au sommet du mat ce qui leur apporte une aide divine pour l’année à venir. Dans un premier temps, il s’agit quand même de ne pas tomber de ce mat qui tangue sous le poids des nombreux candidats…

Où dort-on ?

Nous nous sommes installés dans une petite Guest House (25 euros pour le mois. Pour avoir une idée, ici on a en gros un repas pour 1 euro, un trajet en bus pour 20 centimes, une banane pour 2 centimes… Presque aucun népalais ne peut s’offrir un voyage en France. Certains en auraient apparemment grande envie. On se retrouve parfois dans des situations un peu gênantes où l’on n’ose pas donner le vrai prix d’un billet d’avion à un népalais qui nous le demande parce qu’il est infiniment hors de portée pour eux…)

Pour en revenir à notre logement, c’est une chambre un peu rudimentaire mais où l’on est à l’abri ! Il y a peu d’eau chaude dans la douche commune où se trouvent aussi les toilettes. On se douche au gant népalais qui est une sorte de grattoir et on se met complètement sous l’eau quand il fait assez chaud. L’avantage de cette Guest House, mis à part son prix, c’est sa convivialité. On y a rencontré deux ou trois voyageurs, mais on est surtout devenu assez amis avec quelques uns des gens qui travaillent ici ou qui viennent boire un coup de temps en temps. Notre préféré est sûrement Roupes avec qui on a le plus souvent discuté et fait de tours dans Bhaktapur.

Que mange-t-on ?

Traditionnellement, c’est du dal bhat : du riz avec une soupe de lentilles, plus ou moins épaisse. Le plat est souvent accompagné de curry de légumes (des légumes en sauce). C’est souvent bien épicé, mais on s’y fait ! Une variante newar consiste à remplacer le riz vapeur par du riz pilé. C’est dur, ça croque, on aime !

En un mois, on a eu le temps de tester les restos locaux de Bhaktapur, ceux où les Nepalais peuvent se permettre d’aller (un bon repas coute 25 Rp, soit 25 centimes d’euros). La cuisine y est plus variée. On y trouve des momos (des raviolis cuits à la vapeur ou frits, d’un côté seulement ou des deux). Il y a beaucoup de friture : des samosas (des beignets fourrés aux légumes), des pakodas (des boules de légumes liés avec un oeuf, frites), des ’sweets’ qui, bien qu’étant sucrés, nous rappellent étrangement le goût de la peau de poulet grillée, des shell (beignets en forme de bouées, légèrement sucrés, délicieux avec un brin de nutella !), des sekuwa (du boeuf grillé, revenus avec des oignons et des tomates)… On accompagne le tout de thé népalais (avec du lait et de la cardamone), ou du chang (la bière népalaise faite à base de riz, toujours fabriquée maison, et servie dans un broc ou une bouteille de coca…).

Ces mêmes restos locaux préparent aussi tout un tas de sucreries. Nous avons aimé les ladoos (des boules de semoules sucrées, jaunes), des sortes de crêpes (bien plus grasses que les nôtres !). Mais nos expériences se sont rapidement ralenties, à cause d’un dessert qui sentait un peu trop le lait trop vieux…

Dans les restos de catégorie légèrement supérieure (100 Rp par personne), on trouve des plats tibétains : le chatamari (une pizza, la pâte est faite à base de farine de riz, la garniture, presque comme chez nous !), le thukpa (une soupe et des noodles, une sorte de spaghettis)… On trouve aussi des chowmeins (noodles revenues avec des légumes), des chopsueys (noodles grillées revenues dans des légumes, et une sauce sucrée salée), des spring roll (des énormes nems dans lesquels se trouvent… des noodles !)…

TOIT, l’asso

L’ouverture de l’école dans laquelle nous aurions dû faire du soutien scolaire et de l’animation d’ateliers de jeux a été reportée et nous avons donc dû adapter notre programme et chercher à apporter notre aide autrement.

L’école étant en construction, nous avons commencé par fournir de la main d’œuvre bon marché pour déplacer des poutres et des briques, creuser des tranchées pour des tuyaux…

On a ensuite fait pas mal de traductions de documents (du français à l’anglais et inversement). Nous avons par exemple traduit des fiches décrivant les enfants à parrainer (pour leur permettre d’aller à l’école) et leurs conditions de vie ainsi que des pages Internet du nouveau site de l’association.

Vous pouvez d’ailleurs aller voir le site (pour l’instant en anglais, mais la version française sera bientôt disponible) pour en savoir plus ou si vous souhaitez parrainer un enfant : www.toit.org.np

Jeux népalais

Enregistré dans : Jeux, Népal — seb at 11:44 am on Lundi, avril 23, 2007

Bhaktapur est un endroit rêvé pour apprendre des jeux. Les enfants sont partout et tellement accueillants qu’il est toujours facile de rentrer dans la partie. Il suffit de commencer à jouer en les imitant ! En restant à Bhaktapur pour une assez longue période, on a même pu se faire de copains (de 6 à 10 ans) avec qui nous allons régulièrement jouer.

Bomlass

Il s’agit d’éliminer les autres joueurs en les touchant avec le stoungui, une boule d’élastiques qui doit être lancée depuis l’endroit où elle est tombée. Le gagnant est le dernier à ne pas s’être fait toucher.

L’intérêt de ce jeu est que ceux qui se sont fait éliminer peuvent toujours jouer (mais pas gagner) : ils peuvent continuer de tenter d’éliminer ceux qui ne le sont pas encore et peuvent même se faire des passes entre eux.
On a vu de nombreuses variantes de ce jeu : une dans laquelle il est autorisé de courir avec le stoungui à la main, une autre dans laquelle il faut toucher les jambes pour éliminer quelqu’un…

Game ball

Ce jeu se joue aussi avec un stoungui (boule d’élastiques) mais on peut y jouer avec une balle.

On commence par former une pile de 8 briques (ou de pierres plates) au sommet de laquelle on pose une petite pierre et le stoungui.

Deux équipes doivent ensuite être formées : les « constructeurs » et les « gardiens de la tour » qui inverseront les rôles à la partie suivante.

Les constructeurs ont d’abord une chance chacun de détruire la tour en lui lançant une brique ou une pierre dessus (avant de construire, il faut détruire dans ce jeu). S’ils échouent, les rôles des deux équipes sont inversés. S’ils réussissent, leur but est alors de reconstruire la tour et de crier « game » en posant la petite pierre au sommet. Mais attention, ils ne doivent pas se faire toucher par le stoungui que les gardiens de la tour leur lancent, sous peine d’être éliminés. Les gardiens peuvent se faire des passes. Les constructeurs ont le droit de taper du pied dans le stoungui au sol pour l’éloigner de la tour et permettre à leurs partenaires de reconstruire la tour un peu plus calmement.

Il existe encore des variantes avec par exemple le droit de courir ou non avec le stoungui à la main, la possibilité de ne mettre qu’un seul gardien…

Pin

C’est la marelle népalaise. « Pin » est à la fois le nom du jeu et du morceau de brique que l’on lance dans les cases d’un parcours. Un grand carré est divisé en 4 cases numérotées de 1 à 4.

On faut d’abord lancer le pin dans la première case, puis le pousser de case en case jusqu’à la sortie (en dehors de la quatrième case). La première façon de pousser le pin est de le taper d’un pied en gardant son autre pied dans la case précédente. Attention, le pin ne doit pas s’arrêter sur une ligne et les pieds du joueur ne doivent pas être posés sur l’une d’elles. Lorsqu’un joueur échoue, il laisse sa place au suivant et attend le prochain tour.

Lorsque l’exercice est réussi en ayant lancé le pin dans la première case, on peut le lancer dans la deuxième et le pousser sur la suite du parcours et ainsi de suite jusqu’à lancer le pin dans la quatrième case.

Il y a différentes façons de pousser le pin de case en case et l’on passe de l’une à l’autre à mesure que l’on réussit. La deuxième façon est de se déplacer sur un pied et de le faire passer dans la case suivante en ne tapant qu’une seule fois dedans avec le pied sur lequel on se déplace. La troisième façon : on se déplace et on tape dans le pin avec les pieds croisés.
On peut en imaginer beaucoup comme ça, les yeux fermés, en marche arrière…

Et tous les autres…

Les enfants débordent d’imagination pour trouver à jouer avec presque rien, un pneu que l’on fait rouler en le poussant avec un bâton par exemple.

Les temples restent des terrains de jeux idéaux : grimper sur les éléphants, escalader les cloches géantes, chiper les offrandes, courir autour…

L’étroitesse des ruelles de Bhaktapur n’est pas un problème. On arrive quand même à y jouer au cricket, au foot, au ping pong (une surface plate et un “filet” en briques), au badminton…